La stratégie est née de la guerre. Elle y est revenue.
Le mot stratégie vient du grec strategos - celui qui conduit l'armée. Pendant vingt-cinq siècles, c'était un programme : la stratégie était l'art de vaincre dans un monde conflictuel. Puis, en trente ans, elle est devenue l'art d'optimiser dans un monde pacifie. 2026 vient de refermer cette parenthès
1 Ce que 2500 ans d'histoire nous disent
La stratégie est née de la contrainte : comment vaincre quand les ressources sont insuffisantes et les adversaires multiples ? En Chine comme en Grèce, au même moment, le Ve siècle avant notre ère produit les deux matrices fondatrices de toute la pensée stratégique occidentale et orientale.
Le stratège conduit. Le stratégiste théorisé. Foch les réunissait en une seule personne - commandant des armées alliées en 1918 et professeur a l'École de Guerre. Sa formule dit tout : Art et Science. Connaissance et Puissance. On ne peut être un grand stratège sans être aussi un penseur.
2 Le vide stratégique - ou trente ans nous ont conduits
Philippe Baumard l'a nommé en 2012 : depuis la Guerre froide, nous avons remplacé l'art de la stratégie par l'art de la tactique. Ce glissement n'est pas arrivé un matin. C'est une lente construction, confortable et consente, fondée sur quatre postulats que personne n'a jamais énoncés - parce qu'ils semblaient aller de soi.
Les quatre postulats cachés qui ont vidé la stratégie de son sens
- L'environnement est stable et modélisable
- les crises sont des accidents, pas des états normaux - L'adversaire est un concurrent rationnel
- pas un ennemi avec des intentions hostiles - L'économique est séparable du politique et du militaire
- la géopolitique est une externalité - La rentabilité court terme prime - la résilience et la souveraineté sont des couts, non des investissements
Ces postulats étaient plausibles tant que la puissance américaine garantissait silencieusement la stabilité mondiale. Baumard appelle le mécanisme qui les perpétue la congruité auto-infligée : on ne remet jamais
en cause ses propres cadres d'interprétation. On répète ses erreurs. On fait toujours plus de la même chose. Les opinions publiques, maintenues en béatitude technologique, ne voient pas venir la rupture.
3 Ce que 2026 révèle - et que personne ne peut plus ignorer
Les déflagrations se sont succédées depuis 2014. Chacune aurait dû suffire à remettre en cause les postulats. Chacune a été réinterprétée comme anomalie transitoire. Jusqu'à ce que l'accumulation rende le déni impossible.
Les monarchies du Golfe illustrent le paradoxe avec une clarté particulière. Elles étaient les mieux placées pour anticiper : économies mono-ressource dans la région la plus conflictuelle du monde. Leur réponse ? Diversification financière, investissement dans le sport, la culture, le tourisme. Une optimisation de portefeuille digne de la matrice BCG. Ce qu'elle n'était pas : une stratégie au sens de Beaufre. Le soft power ne sécurise pas le détroit d'Hormuz.
4 Ce que cela change pour votre organisation
La stratégie retrouve sa nature première : une discipline de l'affrontement dans un monde ou d'autres acteurs ont des intérêts opposes aux vôtres et les moyens de les imposer. Trois transformations s'imposent a tout dirigeant qui veut cesser de piloter avec les cartes d'un monde disparu.
La définition opérationnelle pour 2026
La stratégie d'entreprise est l'art de faire que les ressources concourent a atteindre les objectifs de l'organisation dans un environnement conflictuel ou d'autres acteurs ont des intérêts opposes et les moyens de les imposer. Ce que trente ans de management américain avait efface de cette définition - l'environnement conflictuel et les acteurs aux intérêts opposes - est aujourd'hui la réalité quotidienne de toute entreprise exposée aux marches mondiaux.
- Remplacer l'optimisation par la résilience : la question n'est plus comment maximiser dans le meilleur scenario, mais comment rester opérationnel dans tous les scenarios plausibles.
- Réintégrer la notion d'adversaire : certains concurrents ne jouent plus selon les mêmes règles - ils sont les instruments d'États qui utilisent l'économie comme une arme.
- Faire converger stratégie d'entreprise et pensée de défense : les militaires ont une génération d'avance sur la résilience et la décision sous incertitude radicale. Leurs doctrines sont directement transposables.
Après trente ans à enseigner la stratégie d'entreprise, je dois confesser quelque chose d'inconfortable. Nous avons transmis des outils bâtis pour un monde de paix a des dirigeants qui allaient affronter un monde en guerre. 2026 nous oblige à repenser les fondements. Fondateur d'AIGOS
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"La stratégie est née de la guerre. Elle y est revenue." Note stratégique N1 AIGOS - version complète (8 pages) Origines, vide stratégique et retour aux fondamentaux Demande : aigos@contact.fr | LinkedIn : AIGOS
A propos d'AIGOS. J’ai fondé AIGOS après 30 années d'enseignement de la Stratégie à l'Université de Picardie Jules Verne. AIGOS propose une acculturation géopolitique et stratégique pour dirigeants, décideurs et managers. Une conviction : les outils classiques du management ne voient pas l'ennemi. Ils n'ont pas été conçus pour un monde en guerre. Le programme « Business et géostratégie » replace la stratégie dans son espace naturel, celui de la puissance, de la conflictualité et de la souveraineté.
