La stratégie est née de la guerre. Elle y est revenue.
Deux stratèges, un même siècle, deux mondes
1963. La même année, deux hommes publient des oeuvres fondatrices sur la stratégie. André Beaufre,
général d’armée français, publie Introduction à la stratégie. Bruce Henderson, Harvardien devenu consultant,
fonde le Boston Consulting Group. Même ambition, même moment — et une bifurcation intellectuelle dont
nous payons le coût soixante ans plus tard.

Henderson ne voyait pas la géopolitique parce que la pax americana la gérait silencieusement en coulisse.
Sa matrice BCG, sa courbe d’expérience, ses Five Forces, tous ces outils sont logiquement cohérents dans
un monde géopolitiquement stable. Dès que ces conditions disparaissent, et elles disparaissent depuis
2014, irréversiblement depuis 2022, cadre de Henderson ne devient pas seulement incomplet. Il devient
dangereux : il rend aveugle aux variables les plus déterminantes de l’environnement réel.
Beaufre, lui, n’a jamais eu le luxe d’oublier la conflictualité. Deux guerres mondiales, Suez, la décolonisation,
la Guerre froide : ses concepts, stratégie totale, liberté d’action, stratégie indirecte, stratégies à action
limitée, décrivent avec une précision troublante ce que Shein, BYD et TikTok font aujourd’hui, ce que la Russie
fait en Ukraine, ce que la Chine fait en mer de Chine méridionale. Il les a écrits en 1964. Il n’a pas vieilli d’un
jour.
« Henderson a construit la stratégie pour un monde de marchés. Beaufre l’avait construite pour le monde
réel. Pendant trente ans, les marchés ont semblé être le monde réel. »
-Note Stratégique AIGOS N°2, mars 2026
« Le somnambulisme géopolitique des trente dernières années n’était pas une erreur de jugement.
C’était le produit d’une hégémonie intellectuelle qui avait intérêt à ce que vous oubliiez que le monde est
conflictuel. La guerre vient de vous rappeler qu’il l’a toujours été. »
Fondateur d’AIGOS
